Le Crédit Mutuel a lancé cet été une vague de plans sociaux visant près de 400 postes dans son groupe de presse locale, dont une grande partie supprimés dans les rédactions.
Ces dernières années, la banque a forgé cette branche presse couvrant l’est de la France, la Bourgogne et la région Rhône-Alpes. Nommé « EBRA », elle compte aujourd’hui neuf journaux régionaux et des filiales, telles qu'EBRA services, EBRA Events... Parmi les titres du groupe figure Le Républicain Lorrain, qui était jusqu’à son rachat une entreprise familiale, et où 35 suppressions d’emplois sont désormais annoncées.
Depuis 2023, le même Crédit Mutuel a entamé un projet d’automatisation de ses médias grâce à l’intelligence artificielle générative (IAG). A la demande de la direction du Républicain Lorrain, certains journalistes ont commencé en 2024 à expérimenter ChatGPT pour retoucher et améliorer des textes écrits par des correspondants locaux non-journalistes.
La banque est en 2026 en passe d’achever son processus de développement d’une IAG « maison ».
Dès 2027, les serveurs de l’IAG Crédit Mutuel sont censés compenser un grand nombre des 400 départs visés par les plans sociaux en cours de négociation.
Les « assistants IA » développés seront activés en tant que "supercorrecteurs" et générateurs de "suggestions" de titres, de résumés... sur tous les articles des journalistes de terrain et des correspondants non-journalistes.
Il en sera de même pour le travail des précieux autres salariés de la rédaction, sur les annonces de sorties, les mariages, nécrologies etc. Là aussi, des emplois doivent disparaître. Et la mise en page du journal papier, aujourd'hui dévolue à des journalistes, sera entièrement réalisée par une machine baptisée MEPA.
Ces bouleversements technologiques constituent un tournant pour le métier de journaliste et une atteinte à ses fondements.
Ce sombre tableau n’est pas de la science-fiction… C’est demain ! Déjà, le Crédit Mutuel – qui a réalisé 4,8 milliards d’euros de bénéfices en 2025 -, a fermé au public les agences de ses journaux. Et il a même fait résilier les baux de plusieurs de ses locaux.
Il a déjà commencé à mutualiser les articles, puis des pages complètes, entre ses neuf titres, niant la réalité « locale » de ces « marques » qu’il a rachetées. Des lecteurs de Longwy, proche du Luxembourg et de la Belgique, pourront ouvrir leur quotidien local sur un dossier du Doubs… Et ce n’est qu’un exemple parmi d’autres.
Dans un monde où les réseaux sociaux, les fake news, les plateformes et l’intelligence artificielle floutent la réalité, nous appelons donc le Crédit Mutuel à revenir sur son projet d’économies par l’industrialisation à marche forcée de médias et métiers qui ne s’y prêtent pas. Et à rester fidèle à son esprit mutualiste au service des citoyens.
Nous exhortons notre actionnaire à conserver la spécificité de chacun des titres qu’il a achetés, afin de respecter la diversité de nos territoires et identités. Nous lui demandons de laisser l'humain et le lecteur au coeur du projet éditorial du groupe de presse. C'est un gage de fiabilité de l'information. La bonne implication de tous dans le fonctionnement démocratique en dépend.
L'ensemble des organisations syndicales appelle la direction du Républicain Lorrain au dialogue social pour préserver les emplois et la qualité de l'information.
SIGNEZ POUR QUE LE CREDIT MUTUEL GARANTISSE QUE L'IA NE REMPLACERA PAS L'HUMAIN, SAUVEGARDE SES VALEURS ET POUR QU'IL RECULE SUR SON PROJET D'INTEGRATION A MARCHE FORCEE DE L'INTELLIGENCE ARTIFICIELLE DANS LES JOURNAUX DONT IL EST PROPRIETAIRE.
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