Monsieur le Président de l'Assemblée nationale,
Etant engagée pour l’amélioration de la sécurité routière, et adhérente de la FFMC, je suis inquiète de la pression réglementaire qui ne cesse de s’accroitre sur les usagers de la route, notamment avec l’annonce récente d’abaisser la limitation de vitesse à 80 km/h sur le réseau secondaire.
La corrélation entre vitesse et gravité des accidents de circulation est difficilement contestable… c’est même une évidence puisque les véhicules sont des objets en déplacement, et que tout déplacement de véhicule implique une vitesse.
Il est également incontestable que des vitesses inadaptées sont souvent en cause dans la survenue des accidents de circulation.
Mais n’envisager la baisse des accidents de circulation que par le biais d’un abaissement de la vitesse maximum autorisée revient à ignorer les autres facteurs d’accidents, ce qui peut même conduire à renoncer à travailler sur ces autres facteurs, notamment : le manque de vigilance, le non-respect des distances de sécurité, l’usage du téléphone en conduisant, des facteurs dépendant essentiellement de la formation initiale et continue de tous les conducteurs.
Par ailleurs sur l’enjeu « vitesse », on notera qu’un accident à moto, ou en scooter, peut être mortel dès 30 km/h, ce qui met en lumière que l’approche est plus complexe pour les deux-roues motorisés.
L’effet négatif qui résultera d’un abaissement de la limitation de vitesse est à considérer dans l’actuel climat de sécurité routière fondé sur le contrôle-sanction-automatisé mis en œuvre depuis maintenant dix ans : considérée comme implacable, cette politique est appréhendée par les conducteurs comme une menace de punition permanente. Pour un point de permis retiré administrativement dans des conditions souvent incompréhensibles pour l’usager (situation unique en Europe !), c’est toute une politique de sécurité routière qui est incomprise voir rejetée.
Apaiser les comportements sur la route est nécessaire. Mais il y a d’autres leviers qu’une baisse des vitesses maximales autorisées, décrétée arbitrairement, pour y parvenir.
Ces leviers sont « le partage de la route » (comprendre autrui plutôt que de le blâmer), valoriser le conducteur plutôt que de le menacer par une surenchère réglementaire qui semble inexorable, réapprendre l’intérêt d’observer les bonnes distances de sécurité, expliquer et valoriser l’éco-conduite selon des aspects pratiques et immédiats (gains pécuniaires) et non sur des idéologies environnementales qui se traduisent trop souvent par une culpabilisation des individus et donc un rejet.
Enfin, tous les pays de l’UE (dont la France) enregistrent des baisses annuelles de l’accidentalité routière depuis 40 ans sans pour autant avoir décrété des baisses des VMA, preuve que d’autres facteurs ont contribué à ces baisses, en premier lieu grâce à une évolution des mentalités face au risque routier.
Décréter une baisse des VMA maintenant, dans un contexte de baisse généralisée de la mortalité routière risque donc de retarder une nouvelle appropriation de ces enjeux dans la population.
Dans l’attente de votre réponse, nous vous prions d’accepter Monsieur le Président de l'assemblée nationale, mes respectueuses salutations.