Le mardi 27 juin 2023
L’hydrogéologie est la science qui étudie la circulation des eaux souterraines dans les roches perméables appelées "aquifères". Cette discipline est mal connue du plus grand nombre car elle ne bénéficie durant le cycle scolaire que d’un enseignement sommaire en classe de 4ème. Ce n’est qu’après le Baccalauréat que de nombreuses Universités françaises assurent une formation en hydrogéologie. Pour en citer quelques-unes et sans prétendre être exhaustif, nous pensons aux Académies d’Avignon, de Besançon, Bordeaux, Grenoble, Lille, Montpellier, Strasbourg, Toulouse, et à l’Ecole Nationale Supérieure de Géologie de Nancy (ENSG), qui assurent la formation d’hydrogéologue, une profession qui est essentielle pour la connaissance et la recherche de ressources quantitatives en eau et qui constitua une première étape pour l’alimentation des collectivités et des industries.
Le Bureau de Recherches Géologiques et Minières fût créé en 1959. Il s’est structuré et développé durant toutes les années 1960 en s’unissant notamment en 1968 avec le Service de la carte géologique de la France et en décidant la création de 22 Services Géologiques Régionaux (SGR) dans les 22 régions métropolitaines et les départements d’outre-mer, services dédiés à l’origine à l'évaluation et à la mise en valeur des ressources en eau souterraine. Le premier Service Géologique Régional fût créé en 1962 dans le Nord-Pas de Calais. Dès les années 1970, le SGR-NPC mît en évidence une pollution des eaux souterraines par les nitrates.
Les Agences de bassin (devenues Agences de l’eau), conçues par la Loi de 1964 pour l’amélioration de la qualité des eaux superficielles et souterraines, furent créées en 1967 entraînant par leurs aides financières l’acquisition de nouvelles connaissances des eaux sur le territoire national grâce à de nombreux travaux d’inventaire, de cartographie, de synthèses monographiques, de création de réseaux de contrôle des niveaux d'eau et de la qualité des nappes. Les premiers réseaux de surveillance de la qualité des eaux souterraines voient le jour à la fin des années 1970. Ces réseaux se sont très vite fortement agrandis et ont mis en évidence les multiples pollutions par les pesticides issus du système de l’agriculture industrielle productiviste.
Dès le début des années 1990, les aides des Agences de l’eau ont été attribuées à des Maîtres d’ouvrage censés œuvrer à la suppression des polluants dans les nappes d’eau souterraine. À cette époque, le Ministère de l’agriculture, les Chambres d’agriculture, les Coopératives agricoles et les Instituts techniques se sont aussitôt déclarés être les interlocuteurs les plus compétents pour traiter des pollutions issues de leur système agricole. Ils n’ont pas manqué d’imagination pour inventer de multiples slogans publicitaires tels que l’agriculture raisonnée ou l’agriculture de précision et récemment celui de Haute Valeur Environnementale (HVE) qui ont pu séduire. Ces organismes, massivement aidés par les Agences de l’eau, ont su introduire des ingénieurs et techniciens issus de leurs milieux au sein même de ces Etablissements publics de l'eau. En terme de bilan, le résultat de l'aveuglement des Agences de l’eau à la fois sur la pertinence du choix des maîtres d’ouvrage et sur les types d'animations auprès des agriculteurs constitue un profond échec des actions entreprises. (Commentaire : Appelle-t-on les pyromanes pour éteindre les incendies ? Non ! On appelle pompiers !)
Il n’est évidemment pas question de ne pas coopérer avec les agronomes et techniciens agricoles mais il ne faut pas se tromper sur le champ des compétences respectives. Il est grand temps, il est urgent, de remettre les phénomènes dans le bon sens et de procéder à un réajustement vital de programmes d’actions efficaces. Ce travail a heureusement commencé avec la création du concept de "captages prioritaires" qui permet de définir l’Aire (ou Bassin) d’Alimentation des Captages (AAC ou BAC) qui montre bien l’étendue de la Zone concernée par les pollutions dues au système de l'agriculture productiviste. Mais il demeure indispensable de comprendre et d’établir tout au long des cycles hydrologiques annuels les mécanismes et dates d’alimentation en eau des nappes et donc des dates de transferts de polluants, nitrates et pesticides, depuis des sols, exploités de façon intensive, jusqu’aux eaux souterraines à travers les milieux situés entre les sols et les aquifères, dits milieux "non saturés". Aussi faut-il impérativement que soient sollicités les hydrogéologues, les seuls "connaissants" des modes d’alimentation des nappes et du transfert des polluants au cours des cycles hydrologiques. Il est souhaitable que les Maîtres d’ouvrage retenus pour mener à bien les programmes d’action soient les Collectivités chargés d’assurer une eau de qualité à ses administrés. Les hydrogéologues déjà attachés à ces Collectivités locales (Hydrogéologues du Service Public) doivent jouer un rôle primordial dans ce processus. Par la suite, il conviendra de mettre en œuvre sur le terrain avec les ingénieurs et techniciens agricoles les résultats des investigations hydrogéologiques. Il est toutefois d’ores et déjà certain que la meilleure méthode pour supprimer les pollutions est "de ne pas polluer", donc de changer de système de production agricole et d’adopter des systèmes agricoles non ou peu polluants, et surtout sans utilisation des pesticides, tels que l’agriculture biologique ou l’agriculture paysanne. C’est ce que recommande l’Agence de l’eau RM&C dans le cadre de son SDAGE 2022-2027.
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