Selon France bleu
Plus d'un an après le scandale Orpea, la situation est toujours délétère pour les soignants des Ehpad. Dans le Finistère, d'après une étude menée par la CGT 29, 6 salariés sur 10 considèrent que leurs conditions de travail sont mauvaises. La faute, principalement, à une charge de travail colossale.
Depuis 30 ans, Gilles Kerloch travaille dans un Ehpad, à Audierne. Chaque jour, ils sont quatre aide-soignants pour nourrir, laver, et répondre aux besoins des 80 résidents de l'établissement. Pour tenir la cadence, le travail se fait à la chaîne. "Tout est codifié. Y'a pas de temps mort, témoigne-t-il. On évite les interactions entre professionnels et on limite celles qu'on a avec la personne qui est soignée". Cette charge de travail des soignants en maison de retraite, mise en lumière par le scandale Orpea, il y a un an, ne s'améliore pas, selon l'étude réalisée par la CGT 29 et publiée vendredi 12 mai.
Gilles décrit combien chaque soin est minuté. Selon le degré d'autonomie des résidents, il a douze à vingt minutes pour les aider dans leur toilette. Une prise de sang doit s'effectuer en cinq minutes environ. Entre la théorie et la pratique, il y a pourtant un fossé. "Rester assis calmement et se faire piquer, c'est impossible pour un patient qui a des troubles du comportement ou qui n'arrive plus à retenir les consignes, soupire Gilles. Dans ces cas-là, le soignant ne peut pas faire la prise de sang en cinq minutes. Ou il va mobiliser un voire deux autres soignants pour l'aider".
Au planning millimétré de Gilles s'ajoutent chaque jour des imprévus. Il se souvient : "Un jour, un monsieur était persuadé que les Allemands le poursuivaient. Pour essayer de le sécuriser, je ne lui ai pas dit 'restez là, ça ira'. Je lui ai dit 'Venez avec moi, je vais vous mettre en sécurité'. Mais là encore, ça ne prend pas cinq minutes, ça en prend vingt". Selon lui, ces gestes pour rassurer et accompagner sont au cœur de sa mission de soignant. Mais c'est autant de temps qu'il ne passera pas avec les autres résidents. Or ce manque de temps peut créer de la dépendance.
Le manque de personnel soignant créé de la dépendance chez les résidents
Gilles explique : "Un résident qui veut aller aux toilettes et que l'on fait trop attendre peut avoir des accidents et se faire dessus. Au bout d'un moment, la personne ne saura plus se retenir. Elle sera incontinente alors, on va lui mettre une protection. C'est dramatique, car elle va se dire 'je ne suis plus bonne à rien' et risque de déprimer, de se laisser aller". Françoise est aide-soignante depuis 36 ans dans un autre Ehpad du Finistère. Elle complète : "Parfois, on va mettre un résident en fauteuil roulant parce que le faire marcher c'est trop long. Pourtant, si on le stimulait, il garderait son autonomie plus longtemps".
Comme Françoise et Gilles, près de 80% des soignants finistériens en Ehpad disent être amenés à faire des choses qu'ils désapprouvent pendant leur travail. Une situation qui, selon eux, ne peut s'améliorer qu'en recrutant massivement du personnel.
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