J’ai l'impression qu'une grande majorité d’entre nous s'est engouffrée tête baissée par le biais de l'émotion, dans la voie royale tracée par le groupe Lagardère à l'origine de la symbolisation du phénomène et du Logo "Je suis Charlie".
A savoir, une vision manichéenne des bons et des méchants, des « pour la liberté d'expression » et des « contre les mécréants », la religion étant en ligne de mire (cela prépare le terrain pour des choses à venir, comme la mise en place progressive d'une religion laïque scientiste et d'une morale « démocratique »).
Et bien je n'en suis pas !
Pourquoi ? Parce que cette vision étriquée a été préfabriquée et surtout masque l'essentiel : c'est un fait de violence !
Honnêtement, est-ce que cet événement a suscité une remise en cause tant personnelle que collective ?
Est-ce que les pouvoirs publics se sont emparés de ce fait pour en faire une occasion de salubrité publique, organiser une réflexion profonde sur les racines de la violence avec de grands débats publics dans les quartiers ?
Non, bien au contraire, nous assistons à toujours plus de répression et pour couronner le tout à de la vindicte populaire !
Voyez l'exemple de ce professeur, cet homme qui au lieu de sacrifier à la minute du silence devenue religion d'état, a décidé de tenir compte de ses élèves pour honorer les morts d'une bien belle façon, en les rendant vivants dans les jeunes et faire de ce moment, un moment d'intégration et de réflexion !
Cela a pour moi bien plus de valeur qu'un rite national, qui constitue une religion civile de façade. La preuve, sitôt passé la minute de silence, on retombe dans cette violence ordinaire et là, la mort violente de ces personnes n'est pas honorée du tout !
Pouvons-nous, s'il vous plait, aborder de façon sereine, mais déterminée la question de la violence ordinaire, celle des mots ou des dessins, celle des conducteurs automobiles, celle des jeux pour enfants ou adultes, celle des films, celle que l'on fait aux femmes ou aux enfants, celle que l'on fait à la Terre et aux animaux ?
Celle de l'économie qui jette à terre les gens au profit d'une élite, celle de la justice qui attise et se nourrit de la violence, celle des politiques qui s'octroient des droits aux dépends du peuple et ont du sang sur les mains, celle de la médecine qui enferme sa clientèle dans un dogme et fait la chasse à toutes les alternatives efficaces ?
Celle de clergés qui dévoient l'idée du sacré et de l'amour par des rites devenus superficiels, celle d'une éducation scolaire, dont les professeurs font ce qu'ils peuvent, celle de médias qui relaient abondamment cette violence qui nous est assénée à longueur de temps et qui au final contribue au malaise ambiant et à sa banalisation ?
Qu'il soit bien entendu que je parle là des systèmes et pas des individus, car j'ai rencontré des personnes formidables au sein de ces différentes institutions ! Je parle du système qui broie les aspirations à l'excellence de ces personnes et par voie de conséquence celles de leurs auditoires ou clientèles.
Alors j'avais envie ici de susciter tant ce questionnement sur la violence, que celui du soutien à ces personnes lucides qui osent montrer une autre voie face à cette cécité orchestrée !