C’est entendu : l’expression historique « droits de l’homme » pose problème à une large part de la population francophone, du fait de la polysémie du mot « homme » qui peut désigner tout individu de l’espèce humaine, ou bien — selon l’acception qu’on lui accorde — exclure les femmes, les enfants et les non-binaires. Historiquement, c’est bien la mise en œuvre des « droits de l’Homme » qui a permis de promouvoir les droits de tous les êtres humains, sans aucune exception. Cependant, pour certains, l’universalité des droits n’est pas suffisamment explicite dans cette locution. Notre société évolue, nos ressentis évoluent, notre langue évolue, il est normal d’accompagner ce mouvement.
L’expression la plus courante qui tend à supplanter « droits de l’homme » dans le monde francophone, notamment sous l’influence anglo-saxonne, est « droits humains », calquée sur l’anglais « human rights ». Pour autant faut-il se résoudre à adopter cette expression ?
Passer de « droits de l’Homme » à « droits humains » change profondément la structure même de l’expression, comme si on passait de « Président de la République » à « Président républicain » : dans la locution historique, « de l’Homme » est un génitif (à sens possessif) ; il signifie que les droits appartiennent à l’Homme, que l’être humain a des droits. Loin de cette idée, « humains » est un adjectif qualificatif, il décline la typologie des droits. Dès lors ce basculement introduit une dissonance cognitive vertigineuse. Quelques exemples :
Parler de droits « humains » implique qu’il y ait des droits « inhumains ». Lesquels ?
L’expression « droits humains » correspond à une traduction littérale de l’anglais « human rights », qui ne retranscrit pas clairement la signification originelle. Traduire « human rights » par « droits humains » revient à traduire « silver mine » par « mine argentée » plutôt que « mine d’argent ».
Nous devrions être cohérents : faudra-t-il adopter les expressions « droits féminins » ou « droits enfantins » ? Les droits de la défense deviendront-ils des « droits défensifs » ?
Les « droits naturels » ne désignent pas les droits de la nature, mais les droits dont, par nature, les êtres humains sont pourvus. Logiquement, les « droits humains » seraient donc les droits dont, par la volonté des humains, leurs bénéficiaires peuvent se prévaloir. Mais comment sont choisis ces bénéficiaires ?
Ainsi l’expression « droits humains » n’a pas la même structure ni, partant, la même signification que « droits de l’Homme ».
Le constat actuel est pourtant que la locution « droits humains » tend à s’imposer. Choisir de remplacer ou compléter l’expression trop ambiguë « droits de l’Homme » par l’expression confuse et xyloglotte « droits humains » ne ferait que déplacer le problème. Il faut une autre réponse.
Plusieurs expressions sont possibles : droits de l’Humain, droits des humains, droits de l’être humain, droits de l’humanité… L’essentiel est de conserver le génitif « droits de... » dans l’expression que nous utiliserons.
Signons ensemble cette pétition et adoptons, dans notre langue usuelle, une expression vraiment inclusive qui revendiquera et garantira réellement nos droits pour tous les êtres humains. En paraphant la pétition, chaque signataire peut proposer en commentaire une expression qui lui paraît appropriée.
Nous faisons appel aux décideurs, élus, journalistes, auteurs et défenseurs des droits, pour utiliser une expression qui reflète la réalité de nos droits et pas un franglais médiocre.
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