TRIBUNE
An soutyin
Le harcèlement que subit Marie, cofondatrice de Saodaj et d’Alsimi, prend depuis quelques temps, des tournures de lapidation, mettant en danger son intégrité physique et mentale.
C’est notre devoir collectif d’empêcher que la haine ne détruise des personnes que certain.e.s ont désigné comme des pions qui doivent tomber.
Nous entendons l’expression d’une blessure réelle et sommes conscient.e.s des combats et des réflexions à mener. Nous pensons qu’ils doivent être dirigés vers le système, pas vers les gens.
Vouloir discuter de l’utilisation de mots plus adéquats à employer, éduquer sur la décolonisation des termes, c’est possible sans attaquer en masse une personne. Cet acharnement nous semble ici contreproductif, injuste et dangereux.
Concernant ces attaques récurrentes sur le droit à jouer certaines musiques, réduire le maloya à des critères de couleurs de peau ou d’ascendance, c’est empêcher que celleux qui en ont appris les codes et s’y reconnaissent, puissent s’exprimer. Aucune naissance, aucun pédigrée ne justifie la violence psychologique et les attaques physiques.
N’ayons pas peur de perdre quelque chose du mouvement de nos musiques ou nos expressions. Ne les mettons pas sous cloche.
Tout ceci est mouvant et c’est ce qui les rend vivantes, elles existent sous différentes formes conjointement. Maloya traditionnel, servis kabaré, maloya mélangé, maloya performatif, nourrissent chacune de ses branches.
Selon sa définition, “l'appropriation culturelle, c'est l'idée que les personnes blanches s'approprient l'art et la culture des minorités ethno-raciales et de populations non occidentales pour en tirer profit, sans en reconnaître l'origine ni la signification profonde.”
Dans le cas de Saodaj, Nathan est issu d’une tradition de servis kabaré et avec Marie, ils ont écumé les kabars et appris le maloya de familles traditionnelles et militantes, auprès d’eux et avec eux. Ainsi, ils sont tout à fait conscients de l’histoire et de la signification que véhicule le maloya, et bien loin de le citer pour en tirer profit, ils y font référence à leur façon tout en reconnaissant son origine et en précisant que leur proposition en est une relecture personnelle.
Lors du concert d’Alsimi, Marie s’est à nouveau violemment faite attaquer sur les réseaux et une limite a été franchie. Ces personnes sont venues détruire l’expérience de concert du groupe en présentiel et insécuriser ses membres. Ces personnes ont fait circuler des tracts parmi le public présent et ont joué pendant toute la durée de leur set aussi fort que le concert lui-même. Sur ces tracts, on lit des accusations dans des termes choisis de façon chirurgicale comme “le grand remplacement”, “la gentrification”, le “kaparman d’nout mizik”… Cette attitude n’ouvre pas de dialogue au bon endroit et ne peut être vécue de façon à arranger quoi que ce soit. Cette utilisation de termes est dangereuse et modèle la souffrance d’un peuple pour en diriger la haine sans la prendre en charge.
Taper sur Marie ne fera pas tomber le système.
Tuer à petit feu une personne, en portant atteinte à sa vie professionnelle, sa vie familiale, son outil de travail et sa santé mentale, est criminel.
L’expression de la blessure nous semble juste mais nous dénonçons fermement cette méthode de démolition. Ce type de harcèlement, excessif et répréhensible, pousse à la dépression, à l’isolement et souvent, au suicide. Est-ce l’issue recherchée ici pour Marie ?
Aucun combat ne mérite qu’on l’érige en dogme au point d’en oublier toute humanité. Cette façon de faire, capitalisant sur des blessures collectives, nous dresse les uns contre les autres. Cela profite aux plus puissants et au système en lui-même qui demeure inébranlable.
Nous, artistes, associations et citoyen.ne.s, refusons que la haine envahisse les espaces culturels. Nous entendons la blessure et le besoin d’ouvrir des dialogues sur des sujets pointus et décoloniaux. Portons ces sujets ensemble sans bouc émissaire.
Gardons l’humanité au centre de nos préoccupations.
Il y a des combats à mener tous.tes ensemble.
Nous nous battrons toujours POUR et jamais CONTRE.
POUR l’épanouissement de la culture réunionnaise, POUR la sauvegarde du maloya traditionnel et rituel, POUR la visibilité et la pluralité de ses représentants, POUR son rayonnement local et international, POUR la précision de ses combats, mais jamais CONTRE les gens, jamais CONTRE.
Nout tout ansanm po tyinbo,
Signataires:
FLORANS FELIKS-WARO - DANYEL WARO - DOMINIQUE CARRERE - NATHALIE NATIEMBE - CHRISTINE SALEM - BERNARD JORON - PATRICE THREUTHARDT - ZANMARI BARE - ZAN AMEMOUTOULAOP - GILBERT POUNIA / ZISKAKAN - DELIXIA PERRINE - ANN O’ARO - SANDRINE EBRARD - TINE POPPY - MAYA KAMATY - ANNY GRONDIN - NONO / KILTIR - SABINE DEGLISE - BASTIEN PICOT / AURUS - LEONE LOUIS - SERGIO GRONDIN - PAT JAUNE - CECILE HOARAU - JAKO MARON - TEDDY DORIS - EMMA NONNA - DILO / YSSAMONDIYA EDITIONS & PROD. / INDIAN OCEAN WOMEN EMPOWERMENT / SOA MEVA - CASSIE BUTCHLE - FABRICE LEGROS - GHISLAIN DURIF - KANASEL - ERIC LAURET - AKHOUN MAHOMED - AKHOUN NADIA - MANON ALLOUCH - CAMILLE KOLSKI - GUILLAUME BEGUE - NANS GOURGOUSSE - YANN VALLE - NICOLAS PJ LEBON-BODLER - BRUNO GABA ZEBULO EDITIONS - MANON AMACOUTY - MELANIE BADAL - BLAISE CADENET - FREDERICK CIPRIANO dit FODE - JONATHAN ITEMA - LABELLE - SOPHIE DELOURME - CHRIS HAGA - CORINNE PERROT - DELPHINE CANARD - ZIIA - MOUVMAN FH+ - LUC JOLY - MARIE-FRANCELINE CLOTAGATILDE - MIRELLA LOGGIA - FABRICE ABOLET - LIONEL SIFFRID - MANU SISSOKO - CENDRINE MOLINA - EMILIE CHAPUIS - CHANTAL LOIAL / FESTIVAL MOIS KREYOL - JEAN CYRIL MARI - KARIN FARREYROL - JESSICA GIBON - EKOME NICOLAS - MICHÈLE VOISIN - SÈVERINE IMIZA - JEAN-FRANÇOIS ALPHONSINE - CARMEN EVA - MARIE-JEANNE FOLIO - CHRISTINE HABIMANA - SARA BRUNET - SÉBASTIEN ATGÉ - OLIVIER BUJART - JOCLYN MICHEL - OLIVIER DIGUET DIT PEAK - NADÈGE MANDROLLE - FRÉDÉRIQUE RIALLAND - SYLVIE DRUAIS - SARA PUREN - JULIE HARTMAN - ELSA GRAVINA - CÉSARINE SOJA - FLORENCE LAROCHE - CÉLIA LOPEZ HERRERA - DIMITRI VIRAPIN - IMARE CLAUDIA - DORINE DUPUY - GENEVIÈVE GAMIN - MARIE-PIERRE AUDOUY - CLAIRE AUBRIOT - MANUEL VERGINE - MARLÈNE PÉDRONO - VALÉRIE ALONZO - STÉPHANE RAFFA - GHISLAINE BOUGET - MYLÈNE CREY - SARAH COUTURE - AUGUSTIN ROUSSELLE - FLORENT PAIROT - LAËTITIA BÉNARD - JACQUELINE FARREYROL - CHARLOTTE FERNANDEZ - BÉNÉDICTE RYHON - CYNTHIA GUIGOUT - MAYEULE ROUSSEAU - MARION DUBOSCQ - PAULINE MARTINEZ - NATHALIE CAFIMBO - CÉCILE PIARULLI - ANNE-FLORE BARON - SOLENN LOCHU - GENEVIÈVE LE COINTE - DANIEL PERRIAUXZ - SOPHIE LEBOT - ALEXANDRE WARUSFEL - MÉLISSA DELATTRE - STÉPHANIE DANIEL - ARNAUD DENJEAN - JOËLLE SAVARY - PASCALE BLANCHET - MARLÈNE GERME - JEAN FRAVAL - SOPHIE EYHERART GALLET - JEAN-FRANÇOIS MARRE - AUDE BENLALI PALO - MARC TORTOSA - VALÉRIE FORGES - JULIE FRANTZ - JOELLE WON FAH HIN - BÉATRICE COUTURIER - FLORIANE CARAVATTA - HÉLÈNE HARNOIS - FRANÇOISE ALLOUCH - ADRIEN VINTEZOUT - XAVIER PUREN - ALEXANDRE BOUCHE - GENEVIEVE LECOINTE - VIRGINIE BERNARD-HOAREAU - CHAUSSALET ALEXIS - MARION DALIBERT - SANAA - LELO - REMY CAZAL - JULIE GAYAR - ANNE BEURARD / BLUE NOON - FLORENCE CLAIREMBAULT / LA FLOR - ANIFA CASSIM - GIOVANE PIUSSI - MARIE-LEILA HASSAN - ARLETTE NOURLY- MARTINE CELESTE - EMMANUELLE CHEYNET - SYLVIE ROBERT - CAROLINE POIRIER - AMELIE BASQUIN - SEVERINE RAPANOEL - CLAIRE RUIZ - FREDERIQUE SABADEL - CAROLINE VORNIERE - ISABELLE LUMINET - ANNE-FLORE BARON - MORJANE -
"Édit" :
Au vu du nombre de personnes qui souhaitent signer, se positionner en soutien et débattre ailleurs que sur les réseaux sociaux (ou sur les lieux de spectacles), nous demandons aux institutions de mettre en place un temps d’échanges et d’inviter les signataires et tous.tes les artistes qui souhaitent participer à ce ronkozé sur la question de l’appropriation culturelle à la Réunion. Les souffrances doivent être entendues et méritent un vrai débat en présentiel.
Vous êtes sûr ? Votre mobilisation est importante pour que les pétitions atteignent la victoire !
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