1. Pouvez-vous nous présenter votre association en quelques mots et nous dire quelles sont vos principales missions ?

La Fondation Alliance Verte est la seule organisation à Port-au-Prince, en Haïti, entièrement dédiée au sauvetage et aux soins des chiens et des chats, dans un contexte marqué par l'extrême pauvreté, l'instabilité politique et une violence persistante. Sa mission consiste à secourir, protéger et offrir un refuge aux animaux, tout en soutenant les communautés locales par la distribution de nourriture, la vaccination et des programmes de stérilisation, ainsi qu'en promouvant le bien-être et le respect de tous les animaux.

2. Depuis combien de temps votre structure existe-t-elle et combien de bénévoles font vivre l'association au quotidien ?

Nous avons mené des actions de sauvetage de manière individuelle pendant de nombreuses années avant de créer la Fondation, officiellement enregistrée en 2017 et opérationnelle depuis septembre 2019. La première section du refuge a été construite en mars 2020.

Dans le contexte actuel, le recrutement de bénévoles est malheureusement extrêmement difficile. La plupart des personnes souhaitant s'engager ayant quitté le pays, nous ne disposons aujourd'hui d'aucun bénévole. Le fonctionnement du refuge repose donc sur des employé.e.s que nous recrutons et formons nous-mêmes. Ce qui nous permet également de soutenir la communauté impactée par le contexte compliqué que nous vivons au jour le jour.

3. Quelles sont les situations de maltraitance ou d'abandon que vous rencontrez le plus souvent en ce moment ?

En Haïti, aucune législation ne protège les animaux contre les abus et la maltraitance. Les chiens sont fréquemment enchaînés en permanence, avec peu ou pas d'accès à la nourriture et à l'eau, et sont souvent victimes de violences. Les chats, quant à eux, sont régulièrement volés ou élevés pour être consommés.

La population, confrontée à de fortes contraintes économiques, n'a généralement pas les moyens de soigner ses animaux. Lorsqu'ils tombent malades, ceux-ci sont souvent abandonnés ou laissés sans soins, jusqu'à leur mort. Nous observons de nombreux cas de gale chez les chiens ainsi que des cas de rage, sans qu'aucune campagne gouvernementale ne soit mise en place pour contenir cette maladie.

Par ailleurs, la violence généralisée liée aux gangs contraint de nombreuses familles à fuir leur domicile, laissant leurs animaux derrière elles. De nombreuses personnes, y compris des expatriés, ont quitté le pays dans l'urgence. Les animaux abandonnés se retrouvent alors livrés à eux-mêmes, exposés à la violence et à la faim.

4. Y a-t-il une situation, un sauvetage qui vous a particulièrement marqué ?

Parmi les nombreux sauvetages qui nous ont profondément marqués, l'un des plus bouleversants concerne trois huskies victimes d'une cruauté extrême.

Leurs propriétaires avaient fui Port-au-Prince en raison de l'insécurité pour se réfugier à l'étranger. Avant leur départ, ils avaient organisé le transfert des chiens à Fond-des-Blancs, une localité située à plusieurs heures de la capitale, où ils avaient été confiés à un gardien. Pendant des mois, les animaux ont été gravement négligés. Lorsque nous avons finalement été alertés et qu'une intervention a pu être organisée, deux d'entre eux étaient déjà décédés.

Le troisième husky était encore en vie, mais dans un état critique. Il était attaché avec une chaîne si courte qu'il ne pouvait même pas poser la tête au sol pour se reposer, restant en permanence en position de contrainte. Il était extrêmement amaigri, déshydraté et trop faible pour se tenir debout. Cette scène reste profondément gravée dans nos mémoires.

Face à l'urgence et à la rareté des services vétérinaires, il était impératif de le transporter jusqu'à Port-au-Prince pour qu'il reçoive des soins appropriés. Toutefois, l'insécurité extrême sur les routes rendait tout transport terrestre impossible. Un homme a alors accepté de prendre des risques considérables en l'acheminant par bateau, avant de passer la nuit avec lui au port pour nous le remettre le lendemain matin. Grâce à cet élan de solidarité, le chien a pu être confié à un vétérinaire.

Malgré des soins intensifs et tous les efforts déployés pour le sauver, son état était trop avancé. Il est décédé quelques jours après son arrivée.

Ce sauvetage nous a profondément marqués, tant par l'ampleur de la souffrance infligée que par ce qu'il révèle des réalités auxquelles nous faisons face quotidiennement en Haïti : l'abandon, le manque de ressources et les contraintes liées à l'insécurité. Il rappelle néanmoins l'importance cruciale de notre mission et renforce notre détermination à poursuivre ce combat chaque jour.

5. Comment s'organise une prise en charge lorsqu'un animal est sauvé par vos équipes ?

Nous adaptons notre prise en charge en fonction du niveau d'urgence. Les cas les plus critiques sont immédiatement dirigés vers un vétérinaire afin de recevoir les soins requis. Les autres animaux sont accueillis au refuge, placés en quarantaine, puis pris en charge selon leurs besoins.

6. Quelle est votre plus grande fierté ou votre plus belle victoire récente pour les animaux ?

Malgré un contexte particulièrement complexe et dangereux, assurer la continuité des activités du refuge constitue une grande fierté pour notre organisation. Observer aujourd'hui les animaux que nous avons sauvés évoluer dans un environnement sécuritaire et bienveillant représente notre plus grande réussite. Le refuge accueille actuellement 83 chats et 76 chiens, tous issus de situations d'abandon, de maltraitance ou de grande détresse.

7. Quel est le plus gros défi ou la plus grande difficulté à laquelle votre association doit faire face aujourd'hui ?

Le principal défi auquel notre association est actuellement confrontée réside dans l'insuffisance de ressources financières durables pour répondre à l'ampleur des besoins liés aux animaux abandonnés et maltraités en Haïti. Chaque jour, nous recevons des signalements concernant des chiens et des chats blessés, affamés ou en danger. Toutefois, nos capacités d'accueil, d'accès aux soins vétérinaires et d'alimentation demeurent directement limitées par les financements disponibles.

À ces contraintes s'ajoute le contexte sécuritaire du pays, qui complique considérablement les déplacements, les interventions de sauvetage et l'accès à certaines zones où les animaux ont besoin d'assistance. Par ailleurs, la hausse significative des coûts liés au transport, aux médicaments, aux vaccins et à la nourriture exerce une pression constante sur notre budget.

Un autre défi majeur réside dans le manque de sensibilisation au bien-être animal. De nombreux animaux sont encore abandonnés ou négligés en raison d'une méconnaissance des responsabilités liées à la possession d'un animal. Notre action ne se limite donc pas aux soins et au sauvetage : elle inclut également des efforts essentiels de sensibilisation et d'éducation auprès des communautés.

8. À l'inverse, qu'est-ce qui vous donne de l'espoir ?

S'engager pour la cause animale peut sembler difficile au départ, mais il est encourageant de constater qu'un véritable élan d'espoir émerge, notamment grâce aux jeunes générations. Elles sont de plus en plus conscientes des enjeux et s'impliquent concrètement, que ce soit par leurs choix de vie, leurs actions ou leur mobilisation. Cette prise de conscience collective est indéniable et marque un tournant important.

Pour commencer, je conseillerais simplement de s'informer et de rester attentif aux réalités de la cause animale, puis de poser de petits gestes au quotidien, à son échelle. L'engagement ne doit pas être parfait ni immédiat : chaque action compte, et c'est souvent en avançant progressivement que l'on trouve sa propre manière de contribuer.

9. Si quelqu'un souhaite s'engager mais ne sait pas par où commencer, que lui conseilleriez-vous ?

  • S'informer et expliquer autour de soi : comprendre les enjeux et sensibiliser son entourage est déjà une forme d'engagement importante.

  • Poser de petits gestes au quotidien : adopter des choix responsables (adoption plutôt qu'achat, consommation plus éthique, soutien aux pratiques respectueuses des animaux).

  • S'impliquer à son rythme : signer des pétitions, faire un don, partager des campagnes ou offrir un peu de temps à une organisation.

10. Et justement, dans les premiers pas pour s'engager, quelle place peuvent avoir les pétitions selon vous ?

Je me suis engagée très jeune en signant des pétitions. Lorsque l'action directe n'est pas possible, cela constitue une première étape concrète. Les pétitions permettent également de mieux comprendre les injustices et les situations de maltraitance à travers le monde, tout en incitant à s'impliquer davantage.

11. Selon vous, quels sont les enjeux majeurs pour la cause animale aujourd'hui ?

En résumé, et en lien avec notre contexte, les principaux enjeux de la cause animale s'articulent autour de quatre dimensions majeures : la maltraitance et la négligence — caractérisées par des violences, des abandons et des conditions de vie inadéquates, particulièrement dans les pays en crise —, le manque de législation et d'application des lois, souvent insuffisantes ou peu mises en œuvre, le déficit de sensibilisation au bien-être animal et aux responsabilités liées à la possession d'animaux domestiques, ainsi que la nécessité de renforcer l'éducation du public et des jeunes générations afin de favoriser des comportements respectueux et durables envers les animaux.

12. Un mot à ajouter ?

Aujourd'hui, en raison du contexte géopolitique (administration Trump), aucun animal ne peut quitter Haïti pour être adopté à l'étranger (par le passé nous avions un partenariat avec un refuge aux USA). Face à cette réalité, nous avons plus que jamais besoin du soutien du public.

Exemples : Suivre notre refuge sur les réseaux sociaux, partager notre mission et, surtout, parrainer un chien ou un chat représentent des gestes essentiels qui font une réelle différence. Chaque parrainage contribue directement à la survie et aux soins de nos animaux. Nous avons besoin de parrains et de marraines engagé.e.s, mais aussi de relais (encore une fois – très important) pour faire connaître notre action. Ensemble, même à distance, il est possible de leur offrir une chance et de changer leur quotidien.

Haïti est une île trop souvent laissée dans l'ombre, malgré l'ampleur des défis et la violence auxquels nous sommes confrontés chaque jour.

Mille mercis pour cette mise en lumière ! Mille mercis pour tous nos merveilleux résident(e)s du refuge !