La meute d'Augstbord, dans le canton du Valais, avait déjà été lourdement ciblée l'hiver dernier : 14 loups avaient été abattus et la meute considérée comme éliminée. Quelques mois plus tard, de nouveaux individus sont apparus et au moins trois louveteaux ont été identifiés. Les autorités suisses viennent pourtant d'autoriser une nouvelle fois l'élimination complète de la meute.
Le 24 septembre 2026, l'Office fédéral de l'environnement (OFEV) a ainsi autorisé le canton du Valais à abattre tous les loups de la meute d'Augstbord, avec une autorisation valable jusqu'au 31 janvier 2027.
La meute d'Augstbord n'est pourtant pas inconnue des autorités. Elle fait partie des meutes présentes depuis plusieurs années dans le canton et son histoire remonte à 2016.
L'hiver dernier, 14 loups avaient déjà été abattus dans le cadre de la régulation de la meute. Celle-ci avait alors été considérée comme éliminée. Mais quelques mois plus tard, des loups sont de nouveau apparus dans le secteur. En 2026, au moins trois louveteaux ont notamment été identifiés, signe qu'une nouvelle reproduction avait eu lieu. Les trois louveteaux identifiés cette année font donc eux aussi partie des animaux susceptibles d'être abattus.
Une meute peut donc disparaître des radars sans que le territoire soit pour autant définitivement déserté par les loups. Des individus peuvent se déplacer, de nouveaux animaux peuvent arriver et une reproduction peut permettre à un groupe de se reformer.
Pourquoi cette nouvelle campagne de tirs ?
Le canton du Valais justifie sa demande par les attaques contre les animaux d'élevage.
Les éleveurs ne doivent évidemment pas être minimisés.
Mais une autre question mérite d'être posée : l'abattage systématique des loups constitue-t-il réellement une solution ?
C'est là que l'affaire d'Augstbord devient particulièrement préoccupante.
Peut-on vraiment « abattre une meute » ?
Sur le papier, la réponse est oui. Dans la pratique, c'est beaucoup plus compliqué.
Le territoire d'une meute n'est pas une frontière fixe. L'OFEV reconnaît lui-même que les limites d'un territoire de meute ne peuvent pas être déterminées avec précision et que des loups étrangers au groupe, notamment des individus solitaires de passage, peuvent se trouver dans le périmètre où les tirs sont autorisés.
Et les analyses génétiques réalisées après les précédentes campagnes de régulation en Valais donnent un exemple particulièrement frappant.
Selon les résultats d'analyses ADN rendus publics en 2025, sur sept loups tués dans le périmètre de la meute d'Augstbord lors de la campagne 2024-2025, seuls quatre appartenaient effectivement à cette meute. Les trois autres n'ont pas été identifiés comme membres de la meute ciblée.
Mais cela montre que tirer dans le territoire d'une meute ne revient pas nécessairement à tirer uniquement sur ses membres.
La Suisse a profondément modifié sa législation sur le loup.
Depuis 2023, puis avec le nouveau cadre entré en vigueur en février 2025, les cantons peuvent demander des régulations dites « proactives ». Pendant la période prévue, ils peuvent intervenir sur certaines meutes dans le but de réduire les dommages futurs aux animaux de rente, après autorisation de l'OFEV.
Pour la période actuelle, du 1er septembre 2026 au 31 janvier 2027, l'autorisation donnée pour Augstbord permet ainsi le prélèvement de toute la meute.
Nous ne sommes plus uniquement dans une logique consistant à abattre un animal après des attaques répétées. Il est désormais possible d'intervenir préventivement sur une population de loups lorsqu'elle répond aux critères prévus par la réglementation.
Et Augstbord n'est pas un cas isolé
Le Valais compte actuellement 11 meutes selon le canton.
Pour cette nouvelle période de régulation, le canton avait demandé l'élimination complète de trois d'entre elles : Augstbord, Nanz et Réchy-Anniviers. L'OFEV a pour l'instant autorisé la suppression complète d'Augstbord. Les demandes concernant Nanz et Réchy-Anniviers sont encore examinées.
Deux autres meutes, Nendaz-Isérables et Les Toules, sont également concernées par une régulation permettant de prélever jusqu'à deux tiers des jeunes nés en 2026.
Selon les données fédérales, 350 loups étaient recensés en Suisse après la période de régulation 2025-2026.
La Suisse avait déjà abattu 57 loups pendant la période 2023-2024, 92 pendant 2024-2025 et 77 pendant 2025-2026.
Pour les autorités suisses, la régulation constitue un outil destiné à réduire les conflits avec l'élevage. Pour ses opposants, elle risque surtout de devenir une réponse répétée à un phénomène qui, lui, ne disparaît pas.
Mais ces chiffres racontent aussi autre chose, malgré plusieurs années de tirs préventifs et des dizaines de loups tués chaque année, les loups continuent de se reproduire et de recoloniser de nouveaux territoires.
C'est précisément ce qui s'est passé à Augstbord.
Des spécialistes défendent donc une approche donnant davantage de place à des dispositifs de protection des troupeaux plutôt qu'à la régulation létale.
À Augstbord, une chose est déjà certaine, après 14 loups tués l'hiver dernier, la meute est revenue. Et cette fois encore, ce sont eux qui paieront le prix de ce conflit.