À l’approche de Pâques, la consommation de viande d’agneau augmente fortement en Europe. Une nouvelle enquête menée par deux organisations de protection animale met en lumière les conditions souvent dramatiques dans lesquelles des centaines de milliers d’agneaux sont transportés vers l’Italie.

Chaque année, des agneaux arrivent principalement de France et d’Espagne. En 2025, plus de 136 000 animaux ont franchi la frontière à Vintimille, après des trajets qui peuvent dépasser 24 heures. Entre mars et avril, ces flux s’intensifient nettement, parallèlement à la hausse des abattages en Italie.

Entre le 23 et le 28 mars 2026, des enquêteurs d’Essere Animali (Italie) et de l’Animal Welfare Foundation (Allemagne) ont suivi cinq camions de transport dans le nord-ouest de l’Italie. Deux de ces véhicules ont été signalés aux autorités et contrôlés dans les provinces d’Imperia et de Savone.

Le constat est sévère :

  • Les agneaux sont entassés sans espace suffisant pour se coucher.

  • Les systèmes d’abreuvement sont souvent défectueux ou inexistants, privant les animaux d’eau pendant de longues périodes (jusqu’à 30 heures dans certains cas).

  • La litière est insuffisante ou absente, entraînant une accumulation de déjections et des vapeurs d’ammoniac.

  • La hauteur sous plafond est trop faible, limitant la ventilation et les mouvements naturels.

Certains animaux blessés sont même contraints de continuer leur voyage sans soins adaptés, en violation du règlement européen (CE) n° 1/2005 sur le transport des animaux vivants.

L’enquête a notamment documenté la présence, dans un camion, de moutons aux membres fracturés, coincés entre la paroi et le plancher. Après alerte des ONG, les forces de l’ordre ont immobilisé le véhicule près de Savone et fait intervenir un vétérinaire. Cependant, selon les organisations, le contrôle est resté superficiel : seuls les animaux du niveau inférieur auraient été examinés, tandis que ceux du pont supérieur, parfois en état critique, n’auraient pas été correctement inspectés.

Ces pratiques soulignent les lacunes du cadre législatif européen. Bien que le règlement existe, ses marges d’interprétation et les contrôles insuffisants créent une « zone grise » où les infractions ne sont que rarement sanctionnées.

La révision en cours de la réglementation européenne sur le transport des animaux représente une opportunité importante. Certaines propositions vont dans le sens d’une meilleure protection, mais les discussions sont actuellement au point mort.

Welfarm et les organisations partenaires mettent en avant plusieurs requêtes, notamment l’adoption d’un texte par le Conseil de l’UE et le Parlement européen, le renforcement des contrôles et des sanctions, ainsi que l’interdiction des transports d’animaux vivants sur de longues distances.

Tant que ces évolutions n’auront pas lieu, des millions d’animaux continueront de subir des souffrances évitables lors de ces longs trajets. L’enquête de mars 2026 rappelle une fois de plus l’urgence d’agir.