Une femme de 39 ans a été tuée par balle alors qu'elle marchait dans un champ avec un homme et deux enfants. Face aux enquêteurs, le chasseur responsable du tir aurait expliqué qu'il pensait avoir affaire à un cerf. : comment peut-on appuyer sur la détente sans avoir la certitude absolue de ce que l'on vise ?
Le drame s'est produit le 18 septembre à Ellendale, dans le Delaware, aux États-Unis. Santos Maria Chilel Soto traversait un champ avec un homme et deux enfants lorsqu'elle a été mortellement touchée par un tir. Selon la police, Walter Moorhead, 74 ans, chassait le cerf depuis un affût au sol lorsqu'il a cru apercevoir un animal et a ouvert le feu. La victime a été transportée à l'hôpital, où elle est décédée. Le chasseur a depuis été inculpé notamment d'homicide involontaire et de plusieurs chefs de mise en danger.
« Je croyais que c'était un cerf » : jusqu'où faudra-t-il aller ?
Cette phrase revient régulièrement dans les drames liés à la chasse : « Je croyais que c'était un animal. » Mais une confusion de cette nature signifie avant tout qu'une personne a tiré sans avoir identifié avec certitude sa cible.
Avec une arme à feu, le moindre doute devrait pourtant imposer de ne pas tirer.
Un mouvement dans la végétation, une silhouette au loin, une forme partiellement dissimulée, rien de tout cela ne devrait jamais suffire à justifier un tir. On ne tire pas parce que l'on pense avoir reconnu une proie. On tire uniquement lorsque l'on sait exactement ce que l'on vise et que l'environnement derrière la cible ne présente aucun danger.
Dans cette affaire, la victime ne se trouvait pourtant pas seule dans le champ. Elle marchait avec un homme et deux enfants. Et malgré cela, un coup de fusil a été tiré dans leur direction.
Ce drame rappelle une réalité que les discours sur la « chasse responsable » ont parfois tendance à faire oublier : la chasse n'est pas une activité sans conséquences pour ceux qui ne la pratiquent pas.
Lorsqu'une arme est utilisée dans un espace naturel, le risque ne concerne pas uniquement l'animal traqué. Promeneurs, randonneurs, habitants, agriculteurs, cyclistes, enfants ou simples passants peuvent eux aussi se retrouver exposés à un tir.
Il suffit d'une erreur d'identification, d'une mauvaise appréciation de la distance ou d'un tir mal maîtrisé pour qu'une sortie ordinaire se transforme en drame irréversible.
Le terme « accident de chasse » est souvent utilisé pour désigner ces drames. Pourtant, lorsqu'une personne décide de prendre une arme, de viser et d'appuyer sur la détente, certaines précautions élémentaires ne peuvent pas être considérées comme facultatives.
Il ne s'agit pas ici de prétendre que tous les chasseurs tirent volontairement sur des humains. Il s'agit de poser une question beaucoup plus simple, pourquoi accepter qu'une activité de loisir puisse exposer des personnes qui ne la pratiquent pas à un risque aussi radical ?
Une promenade ne devrait jamais devenir une roulette russe parce qu'une partie du territoire est occupée par des chasseurs.
Une femme est morte. Un enfant a perdu sa mère.
Derrière les mots « tir accidentel » et « erreur d'identification », il y a surtout une victime : Santos Maria Chilel Soto, 39 ans, mère de cinq enfants.
Elle n'était pas une cible. Elle ne participait pas à une partie de chasse. Elle marchait simplement dans un champ.
En quelques secondes, une famille a été brisée par un tir qui n'aurait jamais dû être effectué.
Cette tragédie devrait au minimum nous obliger à regarder la chasse autrement. Pas seulement à travers les animaux tués, mais aussi à travers les risques qu'elle fait peser sur tous ceux qui partagent les mêmes espaces.