Alors que la crise de la dermatose nodulaire contagieuse a frappé durement les élevages bovins du sud-ouest de la France fin 2025, le gouvernement a annoncé, lors du Sommet One Health à Lyon, un nouveau programme de recherche doté de 47 millions d'euros. Présenté par Annie Genevard, ministre de l'Agriculture, et Philippe Baptiste, ministre de l'Enseignement supérieur, ce plan sur cinq ans vise à anticiper les futures épizooties et à limiter leurs impacts sur les filières d'élevage.


Sur le papier, l'objectif paraît légitime : mieux surveiller, détecter plus tôt, développer des outils numériques pour les éleveurs et les vétérinaires, et accélérer la recherche vaccinale. Les autorités espèrent ainsi réduire les pertes économiques estimées à 1,5 milliard d'euros par an pour l'ensemble des filières animales françaises.


Pourtant ce programme ne cherche pas à remettre en cause le modèle dominant d'élevage industriel, il cherche à le rendre plus résilient. En clair : on investit massivement pour que l'on puisse continuer à élever des dizaines de millions d'animaux dans des conditions de concentration extrême, sources mêmes des épidémies. Car ce sont bien la densité animale, le stress, les déplacements incessants et la faible biodiversité des élevages intensifs qui favorisent l'émergence et la propagation rapide des maladies.


Au lieu de profiter de ces crises pour accélérer la transition vers des systèmes moins intensifs, ou pour soutenir massivement les alternatives végétales et les protéines cultivées, l'État soutient une fois de plus un modèle intensif. 


Lors de la dermatose nodulaire contagieuse, des milliers de bovins ont été abattus, d'autres ont souffert de fièvre, de nodules douloureux et de fortes baisses de production. Ces épisodes tragiques démontrent bien que les animaux payent le prix des faiblesses structurelles de l'élevage moderne. Pourtant, l'argent public sert prioritairement à préserver la compétitivité économique des filières, plutôt qu'à réduire le nombre d'animaux élevés et à améliorer radicalement leurs conditions de vie.


Les 4 axes du programme (surveillance, anticipation, outils numériques, vaccins) visent tous à produire plus et plus longtemps, sans jamais questionner la légitimité même de cet élevage de masse.


Les associations le répètent depuis des années, la meilleure façon de limiter les épizooties et la souffrance animale reste de réduire drastiquement le nombre d'animaux élevés pour la consommation. Moins d'animaux en élevage = moins de risques sanitaires et moins de souffrance. 


Au lieu de consacrer 47 millions d'euros à prolonger l'agonie d'un système dépassé, ces fonds publics auraient pu être orientés vers :

- Le développement de filières végétales et d'alternatives innovantes

- L'accompagnement réel des éleveurs vers une reconversion

- La protection effective du bien-être des animaux présents dans les élevages, en permettant de continuer certaines productions tout en garantissant des conditions décentes


Tant que les choix politiques resteront dictés par la logique de production intensive, les crises sanitaires reviendront, et avec elles, leur lot de souffrance animale…