Vous l'avez forcément déjà aperçu sur une carte postale, dans un documentaire ou lors d'un voyage, une silhouette élancée, une démarche chaloupée et un air nonchalant au milieu des dunes. Mais ne vous fiez pas à son flegme apparent. Qu'il s'agisse du dromadaire ou de son cousin le chameau, ces camélidés sont des chefs-d'œuvre de la nature capables de survivre là où presque tout le monde capitulerait en quelques heures. Et vous allez voir que la plupart des idées reçues à leur sujet sont totalement fausses !

Commençons par régler un vieux débat qui embrouille souvent les esprits, la différence entre le chameau et le dromadaire. Pour ne plus jamais hésiter, retenez un moyen mnémotechnique imparable “chameau” se pronnonce en deux syllabes donc deux bosses. Bon ok pour le dromadaire ça fait trois mais lorsque nous savons identifier un chameau, nous savons que l'autre espèce est un dromadaire… 

Mais d'où vient cette différence ? Tout est une question d'évolution et de climat. Alors que le dromadaire s'est adapté aux déserts brûlants d'Afrique et du Moyen-Orient, le chameau a fait sa vie dans les steppes glaciales d'Asie centrale, où les hivers chutent à −40 °C. Sa double bosse est un réservoir XXL calibré pour affronter le gel et la famine.

Mais alors, que cachent exactement ces bosses ? Si vous pensez qu'elles servent de gourdes géantes remplies d'eau, détrompez-vous ! Il s'agit en réalité d'énormes stocks de graisse, pouvant peser jusqu'à 35 kilos par bosse. En concentrant toute leur réserve adipeuse sur le dos plutôt que sous la peau, ces animaux évitent de retenir la chaleur sur le reste de leur corps. Lorsqu'ils manquent de nourriture, ils métabolisent cette graisse pour produire à la fois de l'énergie et de l'eau.

Et les deux espèces ne sont pas en reste lorsqu'il s'agit de résister au manque d'eau. Le chameau sauvage de Bactriane possède même une capacité particulièrement impressionnante, il peut boire une eau saumâtre plus salée que l'eau de mer, une prouesse qui serait mortelle pour la plupart des autres mammifères !

Le dromadaire, lui, possède une autre prouesse. Quand il trouve enfin un point d'eau après des jours d'abstinence, il est capable d'engloutir plus de 110 litres d'eau en moins de dix minutes.

Chez n'importe quelle autre espèce, une telle absorption provoquerait une explosion des cellules sanguines par choc osmotique. Mais la nature a tout prévu, les globules rouges des camélidés sont ovales et non ronds. Cette forme unique leur permet de s'étirer considérablement sans éclater, tout en continuant de circuler de manière fluide même lorsque leur sang devient très dense sous l'effet de la déshydratation.

Mais leur résistance aux conditions extrêmes ne s'arrête pas là.

Dromadaire comme chameau possèdent de véritables outils de survie. Face aux tempêtes de sable, leurs narines disposent de muscles puissants capables de se fermer hermétiquement. Leurs yeux sont protégés par une double rangée de cils fournis et une troisième paupière transparente qui aide à évacuer les grains de sable.

Quant à leur bouche, elle est tapissée d'une muqueuse ultra-résistante qui leur permet de mâchouiller à belles dents des buissons d'acacias aux épines acérées de plusieurs centimètres, sans se blesser.

Mais leur résistance aux conditions extrêmes ne s'arrête pas à cela. 

Le chameau de Bactriane possède toutefois une arme que le dromadaire n'a pas : une incroyable toison d'hiver. Lorsque les températures chutent, il développe une épaisse fourrure pour se protéger du froid glacial des steppes d'Asie centrale.

Puis, au retour du printemps, il perd cette immense toison par lambeaux spectaculaires, lui donnant un look complètement ébouriffé durant la mue !

Le dromadaire, de son côté, est parfaitement équipé pour affronter les températures écrasantes du désert. Pour économiser sa précieuse eau, il utilise une thermorégulation hors du commun. Plutôt que de transpirer dès que le soleil tape, il laisse sa température corporelle grimper progressivement, de 34 °C la nuit jusqu'à 41 °C en journée. Il ne commence à évaporer de l'eau que lorsque cette limite extrême est atteinte.

Enfin, si vous avez le malheur d'agacer un dromadaire ou un chameau, méfiez-vous ! Contrairement à la légende, ils ne crachent pas de la simple salive. Lorsqu'ils se sentent menacés ou particulièrement agacés, ils peuvent régurgiter une partie du contenu de leur estomac, mélangée à de la salive, et la projeter sur leur cible. Et autant vous dire que l'odeur n'a rien d'un parfum !

Aujourd'hui, tous les dromadaires sauvages ont disparu. Ceux que l'on trouve notamment en Australie sont des animaux domestiques retournés à l'état sauvage.

Le chameau sauvage de Bactriane, lui, existe encore à l'état pur, mais il est en danger critique d'extinction, avec moins de 1 000 individus à l'état sauvage sur la planète.

Une raison de plus pour admirer et protéger ces deux aventuriers de l'extrême !