Loin des mythes et des peurs irrationnelles, il est grand temps de changer de perspective sur ces mondes parfois oubliés. En effet, enlever ces tenaces clichés leur rend un immense service, car ces « fantômes qui volent la nuit » se révèlent extrêmement utiles à notre biodiversité. Loin d'être des monstres, ce sont de redoutables gardiennes écologiques.
Leur terrain de jeu favori ? Les forêts, un milieu particulièrement riche en biodiversité où elles profitent de la végétation foisonnante pour traquer les insectes dont elles se nourrissent. Leur appétit est une véritable bénédiction pour la nature : une seule chauve-souris est capable de dévorer jusqu'à 250 chenilles en une seule nuit ! En régulant massivement ces parasites qui peuvent s'avérer nocifs pour les arbres, elles protègent activement nos bois, d'où l'importance capitale d'en prendre soin. Des sites naturels préservés, comme la Roche de pique, constituent d'ailleurs des refuges parfaits pour les accueillir.
Mais comment font-elles pour être si efficaces dans le noir le plus total ? Pour se repérer, elles utilisent l'écholocation : elles crient et écoutent les ondes sonores se répercuter sur les obstacles pour revenir à elles. Ce langage fascinant s'opère à 20 kilohertz, bien au-dessus de ce que l'homme peut écouter. Les scientifiques s'y intéressent d'ailleurs de près, parvenant à écouter et décomposer ce langage en séquences de 5 secondes (un enregistrement de 8 secondes correspondant par exemple à deux contacts).
Cependant, ce miracle de l'évolution est aujourd'hui d'une fragilité absolue. Lorsque l'hiver s'installe, les chauves-souris vivent au ralenti et se rendent invisibles. Pour survivre, elles dorment dans des cavités souterraines où leur rythme cardiaque ralentit considérablement. Ce sommeil est si profond qu'il leur faut environ 1h30 pour sortir d'hibernation. Le drame, c'est que la moindre intrusion humaine (comme la lumière ou le bruit) peut provoquer un réveil prématuré qui peut leur être fatal en épuisant leurs maigres réserves d'énergie.
Aujourd'hui, le bilan est lourd : la population des chauves-souris a décliné de 43 %. Les coupables ? La multiplication des routes, les éoliennes et l'agriculture intensive. Le réchauffement climatique assène un coup de grâce en provoquant une dramatique disparition des insectes, affamant ces espèces insectivores. Pour éviter que ces fantômes ne disparaissent à tout jamais, nous devons impérativement restaurer leurs habitats et sanctuariser des corridors écologiques : ces couloirs végétaux vitaux qui leur permettent de se déplacer et de vivre en paix.
